Carrière :
Ce comédien à la longue silhouette maigre, voûtée et au physique d'intellectuel torturé apparaît épisodiquement à l'écran depuis son passage dans Les camisards
(1970), le film culte du réalisateur René Allio. Il est bien difficile de classer cet interprète qui a joué tour à tour le fiancé éconduit, lunaire et burlesque (Céline et Julie vont en bateau
, 1973, de Jacques Rivette), le détenu politique, grave et combatif (Yeux des oiseaux
, 1982, de G. Auer), le flic vichyste, tortionnaire impassible (Blanche et Marie
, 1984, de Jacques Renard) ou encore le mari juif en proie à des pulsions suicidaires au côté de Nathalie Baye (De guerre lasse
, 1987, de Robert Enrico). Le jeu stylisé de Philippe Clévenot, sa diction incisive et scandée lui permettent d'apporter une certaine théâtralité, jamais excessive, aux personnages qu'il interprète et ressent avec justesse (" Ressentir, ce n'est pas une question d'émotion ; le texte est là, et il n'y a jamais rien à forcer, ce serait trop simple de pleurer quand on dit qu'on pleure ! Non, ressentir, c'est savoir que l'on est, à tel moment, juste, pas juste au sens de minimum, mais juste juste ").
Plutôt solitaire, secret et marginal, cet acteur mystérieux évolue particulièrement bien dans l'univers étrange d'Hugo Santiago (Les trottoirs de Saturne
, 1984). On sent cet acteur " habité ", toujours emporté par la passion de jouer. Même dans ses rôles les plus modestes, celui d'un mécène protecteur et encourageant dans Camille Claudel
(1988) de Bruno Nuytten ou d'un accordeur aveugle dans Embrasse-moi
, (1988) de Michèle Rosier, sa grande maîtrise, sa compétence et sa ferveur professionnelle étonnent. L'austérité de son allure n'empêche pas ce lettré sensible d'interpréter des rôles loufoques, comme le suggèrent le curé allumé, pourvoyeur de cadavres des Deux Fragonard
(1988) de Philippe Le Guay, ou encore le professeur jovial et planant de Roselyne et les lions
, (1988) de Jean-Jacques Beineix. Il tourne également avec Bertrand Blier (Merci la vie
, 1990), Patrice Leconte (Le mari de la coiffeuse
, 1990), ou encore Nicole Garcia (Place Vendôme
, 1997).