Youssef Chahine

Personnalité

Nationalité :  Egypte

Naissance :  25/01/1926 - Alexandrie, Égypte

Décès :  27/07/2008 - Le Caire, Égypte

Identité

Genre : homme

Translittération :

  • Yusuf Shahin

État civil :

  • Gabriel Youssef Chahine

Fonctions : Réalisateur, Acteur, Intervenant, Scénariste, Dialoguiste, Auteur de l'œuvre originale, Producteur, Auteur, Annotateur

Biographie

Formation :

Youssef Chahine naît en Égypte dans une famille de confession catholique et orthodoxe, imprégnée de culture arabe. Sa mère est originaire de Grèce et son père est un avocat d'origine libanaise. L'enfant grandit dans un milieu cultivé et polyglotte à Alexandrie, ville qui sera la plaque tournante de sa vie et de son oeuvre. Dans les années 1930, elle est multiculturelle, cosmopolite, laïque et tolérante. Le jeune homme se passionne pour les comédies musicales hollywoodiennes, découvre son amour pour Shakespeare et rêve de monter des pièces de théâtre. Ses parents encouragent sa vocation. Il part pour la Californie suivre une formation d'acteur et de metteur en scène au Pasadena Playhouse, près d'Hollywood. Youssef Chahine obtient son diplôme et revient en Égypte en 1948. La production cinématographique égyptienne "commerciale" est alors très importante avec plus de 120 films tournés par an.

Carrière :

Défenseur de la liberté contre toute forme d'intolérance, humaniste amoureux des arts et des belles-lettres, Youssef Chahine a abordé tous les genres du cinéma . Youssef Chahine tourne son premier film, Papa Amine , en 1950. Tout en respectant les codes du cinéma égyptien de l'époque, qui combine mélodrame et comédie musicale, le cinéaste innove en insufflant à cette fantaisie comique une dimension sociale. L'année suivante, Le Fils du Nil confirme cette préoccupation sociétale, avec son héros atypique dans le cinéma de l'époque, un paysan de Haute Égypte. En 1952, la monarchie du roi Farouk est renversée et Gamal Abdel Nasser accède au pouvoir. Ciel d'enfer , tourné en 1954, est dans la ligne de la politique socialiste révolutionnaire du nouveau régime et de son ambitieuse réforme agraire. Exemplaire du style de Chahine, ce film marie avec bonheur ses influences hollywoodiennes avec des personnages et des situations purement moyen-orientaux. Ce film révèle aussi un jeune acteur, Michel Chalhoub, qui deviendra célèbre sous le nom d'Omar Sharif. Avec Gare centrale , Chahine réalise en 1957 son premier film personnel. La gare du Caire, où se croisent plusieurs destinées humaines, devient une métaphore de la société. Chahine interprète le rôle principal, un marchand de journaux infirme et rejeté par les femmes. Proche du néo-réalisme par son arrière-plan social, les allures de thriller de ce film le rapprochent aussi du cinéma américain. Audacieux sur le plan des moeurs, il offre au regard des corps érotisés et dénonce la frustration sexuelle qui engendre violence et voyeurisme. Renonçant à une forme de récit linéaire, le cinéaste affirme une volonté d'introspection qui marquera toute son oeuvre. Trop avant-gardiste sans doute, Gare centrale connaît un échec commercial cuisant lors de sa sortie et sera interdit durant 12 ans en Égypte. Commence alors ce que Chahine appellera sa "période maudite". Il réalise entre 1958 et 1961 une série de films inégaux, essentiellement de commande, parmi lesquels Jamila l'algérienne (1958). En 1963, reprenant le projet d'un réalisateur défaillant, Youssef Chahine tourne un film historique, sorte de péplum nationaliste, Saladin . Financé par l'Organisme du Cinéma, sous tutelle de l'État égyptien, cette production en Cinémascope retrace le destin de Saladin, sultan d'Égypte et de Syrie qui résista au XIIe siècle aux envahisseurs Mongols, vainquit les Francs et réussit à unifier partiellement le monde musulman. Le message politique est clair : après la nationalisation du Canal de Suez en 1956, Nasser apparaît comme le nouveau Saladin, l'unificateur de la Nation Arabe en lutte contre les nouveaux Croisés que sont les Israéliens et leurs alliés occidentaux. Traversé par un grand souffle lyrique, le film apporte la vision d'un islam tolérant, ouvert et généreux. Saladin est un succès. Peu après, l'Égypte et l'Union soviétique commandent au cinéaste un film pour célébrer la construction du barrage d'Assouan, vanter la politique industrielle de Nasser et sa collaboration avec le régime de Brejnev. Un jour, le Nil est tourné en 1964. C'est un mélange d'images documentaires et d'intrigues romanesques, une oeuvre imprégnée d'humanisme et qui délaisse l'idéologie. Certains personnages affirment leurs pulsions homosexuelles ou leurs frustrations d'exilés. Le film témoigne d'une profonde désillusion par rapport à l'édification du socialisme en Égypte. Un jour, le Nil déplaît évidemment à ses commanditaires. Chahine doit tourner un second film, qu'il reniera, avec des acteurs et un scénario différents, Ces gens du Nil (1968-1970). Mais il prend soin de garder une copie positive de la première version qu'il déposera à la Cinémathèque française. Un jour, le Nil pourra sortir en France en 1972. Tourné en 1974 Le Moineau , censuré pendant 2 ans par le régime d'Anouar el-Sadate, puis diffusé confidentiellement, est l'un des films les plus maîtrisés de Chahine. Dans une parabole politique, le cinéaste analyse la débâcle de l'armée égyptienne durant la guerre des Six-Jours avec Israël en 1967 et dénonce les mensonges et la corruption de l'État. Alexandrie pourquoi ? est en 1977 le premier volet d'une trilogie autobiographique, poursuivie avec La Mémoire (1982) et Alexandrie, encore et toujours (1989). Chahine y exprime avec force son audace et sa liberté. Interprétant son propre rôle, il transgresse des tabous dans la société arabe, évoquant des amours interdites, homosexuelles ou interreligieuses. En même temps qu'il nous fait revivre un moment de son expérience de cinéaste, de ses engagements artistiques et de ses élans amoureux, il nous donne à revoir une période de l'histoire du cinéma, à travers des genres très variés, allant de la comédie musicale au péplum. Dans Alexandrie, New York (2003), il mettra en scène sa jeunesse aux États-Unis. Adieu Bonaparte (1984) prend prétexte de l'expédition militaire de Bonaparte en Égypte pour suggérer la vision d'un colonialisme "intelligent", qui serait un lieu d'échange entre les cultures. Chahine offre en 1986 un rôle superbe à la chanteuse Dalida, native du Caire, dans Le Sixième Jour , mélodrame sur la survie et la renaissance d'une femme inspiré d'un roman d'Andrée Chedid. L'Émigré (1994), pamphlet contre l'intégrisme inspiré du récit biblique de Joseph et ses frères, est jugé blasphématoire et condamné à la fois par les fondamentalistes musulmans et chrétiens. Ironie de l'Histoire, ce film sera le plus grand succès de Chahine en Égypte. Il en sera de même pour Le Destin (1997), qui retrace la vie du grand humaniste andalou et musulman Averroès. Le dernier film de Youssef Chahine, Le Chaos (2006), critique de l'Égypte autocratique, témoigne du militantisme d'un cinéaste que ni l'âge ni la maladie n'ont érodé.

Autres activités :

Suite à la mort de Nasser et au démantèlement de l'Organisme du Cinéma, Youssef Chahine crée en 1972 sa propre société de production et de distribution, Misr International Films. En 1992, il met en scène pour la Comédie Française la pièce d'Albert Camus, Caligula .

Filmographie

Longs métrages

Auteur de l'œuvre originale

Intervenant

Bibliographie éditoriale

  • Ouvrage : Chahine et le cinéma égyptien / Jean Jonassaint, Louis Dussault, Pierre Monette... [et al.]. - Montréal : Dérives, 1984
  • Ouvrage : Cinémathèque française : programmation 1996 / Cinémathèque française, Musée du cinéma. - Paris : Cinémathèque française, 1996
  • Ouvrage : Egypte, 100 ans de cinéma : [catalogue de l'exposition, Institut du Monde Arabe, 25 octobre 1995 au 25 février 1996] / sous la dir. de Magda Wassef. - Paris : Ed. Plume : IMA, 1995
  • Ouvrage : La Palestine et le cinéma / sous la dir. de Guy Hennebelle et Khemaïs Khayati. - Paris : E. 100, 1977
  • Ouvrage : Le Caire, 1999 : entretiens avec Naguib Mahfouz, Sonallah Ibrahim, Gamal Al Ghitani, Youssef Chahine / Olivier Dalle ; Frédéric Soreau. - Lyon : Editions d'Arves, 1999
  • Ouvrage : Le destin. Précédé d'un entretien avec le cinéaste sur l'ensemble de son oeuvre / Youssef Chahine; traduit de l'arabe par Marie-Pierre Müller et Yousry Nasrallah. - Paris : Cahiers du cinéma, 1997
  • Ouvrage : Les cinémas africains en 1972 (Les) / Guy Hennebelle. - Dakar : Société africaine, 1972
  • Ouvrage : Postcolonial African cinema : ten directors / David Murphy ; Patrick Williams. - Manchester : Manchester University Press, 2007
  • Ouvrage : The self and the nation : four Egyptian autobiographies : Youssef Chahine's Alexandria why?.../ Maggie M. Morgan. - Thesis (M.A.)--American University in Cairo, 1998
  • Ouvrage : Youssef Chahine / Ibrahim Fawal. - London : British Film Institute, 2001
  • Ouvrage : Youssef Chahine : el fuego y la palabra = Youssef Chahine : fire and word / Alberto Elena. - Cordoba : Editorial Berenice ; Sevilla : Junta de Andalucia, Consejeria de Cultura, [2007]
  • Ouvrage : Youssef Chahine and modern Egypt / Abraham S. Fawal. - Thesis (D. Phil.)--University of Oxford, 2000
  • Ouvrage : Youssef Chahine l'Alexandrin / Christian Bosseno. - Paris : Cerf, 1985
  • Ouvrage : Youssef Chahine's cinema : the hospitable space between Self and Other / Marwa M. Maziad. - Thesis (M.A.)--University of Washington, 2004
  • Périodique : 24 Images, n° 122, été 2005
  • Périodique : Africultures, n° 1, octobre 1997
  • Périodique : Avant-Scène Cinéma (L'), n° 341, juin 1985. J.P Péroncel-Hugoz, "Youssef Chahine, ce gêneur... "
  • Périodique : Avant-Scène Cinéma (L'), n°474, juillet 1998. Danielle Dumas, "La leçon de cinéma"
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 431-432, mai 1990. Serge Toubiana, "Entretien avec Youssef Chahine"
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 448, octobre 1991. Laurence Giavarini, "Chahine par Chahine"
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 489, mars 1995. Thierry Jousse, "Youssef Chahine face à l'Égypte"
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 563, décembre 2001. Charles Tesson, "Youssef Chahine"
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 637, septembre 2008. "Hommage à Youssef Chahine"
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 672, novembre 2011. Cyril Béghin, "Chahine, histoires d'Égypte"
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 310, avril 1980
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 333, mars 1982
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 364, octobre 1984
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 373, juin 1985
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 458 Numéro spécial, juillet-août 1992
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 490, avril 1995
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 506 Supplément, octobre 1996
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 517, octobre 1997
  • Périodique : Cahiers du cinéma, n° 556, avril 2001
  • Périodique : Cineforum, vol. 39, n° 389, novembre 1999
  • Périodique : Cinema Nuovo, vol. 32, n° 283, juin 1983
  • Périodique : Cinéma, n° 180, septembre-octobre 1973
  • Périodique : Cinéma, n° 256, avril 1980
  • Périodique : Cinéma, n° 318, juin 1985
  • Périodique : Cinéma, n° 468, juin 1990
  • Périodique : CinémAction, n° 33, septembre 1985
  • Périodique : Cinématographe, n° 112, juillet 1985
  • Périodique : Cinématographe, n° 125, décembre 1986. Jean-Claude Bonnet, "Youssef Chahine"
  • Périodique : Dérives, n° spécial, 1984
  • Périodique : Ecran, n° 31, décembre 1974
  • Périodique : Ecran, n° 68, avril 1978
  • Périodique : EPD Film, vol. 12, n° 5, mai 1995
  • Périodique : Film and culture, mai 2003
  • Périodique : Film Comment, vol. 32, n° 6, novembre/décembre 1996
  • Périodique : Film-dienst, vol. 48, n° 8, 11 avril 1995
  • Périodique : Film-dienst, vol. 49, n° 21, 08 octobre 1996
  • Périodique : Framework, n° 14, printemps 1981
  • Périodique : Image et Son, n° 238, avril 1970
  • Périodique : Image et Son, n° 291, décembre 1974
  • Périodique : Image et Son, n° 298, septembre 1975
  • Périodique : Image et Son, n° 324, janvier 1978
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 119, juin 1979
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 150, avril 1983
  • Périodique : Jeune cinéma, n° 168, juillet-août 1985
  • Périodique : Jeune cinéma, n°326-327, automne 2009. Guy Gauthier, "Youssef Chahine : une mémoire égyptienne dans l'histoire du monde méditerranéen"
  • Périodique : Jeune cinéma, n°83, décembre 1974-janvier 1975. Noureddine Ghali, "Youssef Chahine : aller aussi loin qu'on peut"
  • Périodique : Positif, n°572, octobre 2008. Alain Masson, "Youssef Chahine 1926-2008 : d'Alexandrie aux lauriers"
  • Périodique : Revue du Cinéma (La), n° 400, décembre 1984. Christian-Marc Bosséno ; M de Pracontal ; K.Osman, "Youssef Chahine"
  • Périodique : Sight and Sound, vol. 7, n° 8, août 1997
  • Site Internet : Youssef Chahine (analyse de carrière et filmographie par le ciné-club de Caen)

Récompenses et nominations

  • 1997 - Prix pour l'ensemble de la carrière - Festival International du Film (Cannes) - Obtenu

Collections liées