Carrière :
Préoccupé de réalisme social, Carlos Saura réalise un premier long métrage sur la jeunesse délinquante, Los Golfos
(1959). Il développe par la suite une critique acerbe de la société espagnole qui lui vaut de nombreux conflits avec la censure. A partir de La Chasse
(1965), le cinéaste met au point les grandes lignes de son univers : poids du passé dans l'inconscient de personnages issus de la bourgeoisie, mélange de réalité et de fantasmes, et un style imprégné de la tradition romanesque et picturale espagnole. Son oeuvre, d'une grande beauté formelle, s'adresse à un public intellectuel à même de démêler l'écheveau de ses ellipses et métaphores. Contournement de la censure et esthétisme sophistiqué caractérisent des films tels que Peppermint frappé
(1967), Stress es tres, tres
(1968) ou La Madriguera
(1969). Le Jardin des délices
(1970) est le premier à évoquer directement la guerre d'Espagne, Ana et les Loups
(1972) s'en prend sans détour à l'armée, à la religion et à la sexualité. Le cinéaste remporte son premier succès international avec Cria cuervos
(1975), film d'une grande morbidité sur le rapport entre l'enfance et l'âge adulte, celui-ci étant, une fois encore, torturé par son passé. Le succès doit aussi à sa collaboration avec sa femme, la comédienne Géraldine Chaplin, dont le talent rayonne dans neuf de ses films. A la suite du changement de régime en Espagne, le travail de Carlos Saura emprunte des chemins divers, qui, s'ils confirment son talent et son professionnalisme, se heurtent à une critique plus réticente. Le cinéaste revisite ses thèmes favoris de la mémoire et de la mort avec Elisa, mon amour
(1977), avant de se livrer entre autres à la mise en images d'un opéra (Carmen
, 1983) ou de réaliser des mélodrames raffinés sur fond de chorégraphie (Flamenco
, 1995, Tango
, 1997, Salomé
, 2001). En 1999 il réalise Goya en Burdeos
, portrait d'un de ses peintres préférés. Après des films consacracrés aux arts et artistes de son pays, il revient à ses premiers amours et met en scène El Séptimo día
(2003), tiré d'un fait divers sanglant survenu dans l'Espagne rurale. S'inspirant de l'oeuvre du compositeur espagnol Isaac Albéniz, Iberia
(2005), est un exercice de fusion de la musique d'Albéniz avec le flamenco, la danse traditionnelle espagnole, le ballet et la danse contemporaine. Après Flamenco et Tango, Carlos Saura boucle en 2007 sa trilogie consacrée à la chanson urbaine avec Fados
. Le réalisateur y bouscule les conventions, en introduisant une chorégraphie pour accompagner ce chant traditionnel portugais emprunt de nostalgie et de mélancolie. Il met en avant ses origines comme musique faubourienne et portuaire avec des influences africaines et brésiliennes. Le cinéaste aragonais continue d'explorer la facette musicale du cinéma, en réalisant Io, Don Giovanni
(2006). Le film est centré sur la vie de Lorenzo da Ponte - juif converti au catholicisme et ami de Casanova -, auteur du livret de Don Giovanni, et montre le processus de création de l'opéra de Mozart vue du point de vue de son librettiste. Quinze ans après Flamenco
, où un narrateur en retraçait les origines, Carlos Saura revisite le même thème avec Flamenco, flamenco
(2010). En réunissant aussi bien les plus grands maîtres que les nouveaux talents, le réalisateur nous propose un voyage au coeur du flamenco avec une suite de numéros où le chant et la danse occupent chaque seconde.