Carrière :
Metteur en scène d'une singularité discrète, considéré par l'establishment hollywoodien comme un iconoclaste indépendant, Philip Kaufman est aussi scénariste et producteur. Auteur d'une quinzaine de films sur une cinquantaine d'année, imprégné de culture littéraire et européenne, il s'essaie à de nombreux genres (fantastique, polar, science-fiction, western...) avec d'authentiques réussites.
Il coécrit et coréalise Goldstein
(1964) son premier long métrage avec Benjamin Manaster, une "comédie mystique", variation autour de la figure du prophète Elie, qui remporte le Prix de la Nouvelle Critique au Festival de Cannes. Jean Renoir et François Truffaut sont alors dithyrambiques. En 1967, il réalise Fearless Frank
, qu'il écrit et produit. Cette adaptation d'une bande dessinée satirique se moque de la figure du super-héros. Jon Voight y tient son premier rôle. Le film est un échec en salles, mais le cinéaste décroche un contrat avec les studios Universal, ce qui lui le met un pied à l'étrier. The Great Northfield Minnesota Raid
(1970) est un western sur le gang des frères James. Le film s'inscrit dans la tendance du cinéma du début des années 1970 (Little Big Man
d'Arthur Penn est réalisé la même année) de déconstruction des mythes du Far West, pour leur préférer une vision nettement plus prosaïque, débarrassée de toute forme d'idéalisation et de romantisme. Ces premiers longs métrages reflètent l'influence de la contre-culture américaine et remettent en question des figures classiques, voire mythiques de la culture classique américaine, pour mieux les subvertir de l'intérieur. En 1975, Philip Kaufman écrit et dirige Clint Eastwood dans Josey Wales Hors la loi
. Après des désaccords artistiques en début de tournage, l'acteur le renvoie pour finalement réaliser le film lui-même. En 1977, il signe un remake du film de science-fiction Invasion of the Body Snatchers
de Don Siegel. La première version était vue comme un pamphlet contre le Maccarthysme, Kaufman lui en fait une critique du conformisme. Le film est aujourd'hui devenu culte, au même titre que The Wanderers
(1978), oeuvre sur le phénomène des gangs de jeunes des années 1960. The Right Stuff / L'Étoffe des Héros
(1982), est l'adaptation d'un article de Tom Wolfe sur la conquête aérospatiale. Le film est une véritable consécration artistique, critique et professionnelle. Il récolte huit nominations aux oscars, et en obtient quatre. La presse ne tarit pas d'éloge. En revanche, le succès en salle aux Etats Unis n'est pas au rendez-vous, contrairement au reste du monde qui lui fait un triomphe. En 1986, Kaufman adapte L'Insoutenable légèreté de l'être
de Milan Kundera avec l'aide du scénariste Jean-Claude Carrière. A partir des années 1990, le personnage de l'écrivain devient une des figures les plus récurrentes de son oeuvre. Henry et June
(1989) raconte l'histoire de la rencontre entre Henry Miller et Anaïs Nin au coeur du Paris bohème des années trente, deux écrivains que Kaufman avait rencontrés par le passé. Le film est jugé scandaleux pour ses scènes érotiques. Après le polar controversé Soleil Levant
en 1992 avec Sean Connery, Kaufman ralentit la production de ses oeuvres. En 2000, il met en scène le Marquis de Sade dans Quills
, pendant l'épisode de la Terreur, signant une satire sur la liberté d'expression qui lui permet d'explorer l'hypocrisie et les tabous autour de la sexualité et de la religion à l'époque, pour mieux questionner le monde contemporain. L'artiste représente bien souvent chez Kaufman une avant-garde intellectuelle qui remet en question la société pour lui permettre d'avancer. En 2011, il réalise Hemingway and Gellhorn
un film produit pour la télévision sur la romance, en pleine Seconde Guerre mondiale, entre l'écrivain Ernest Hemingway (Clive Owen) et la romancière alors reporter de guerre Martha Gellhorn (Nicole Kidman).