Paul Schrader
Personnalité
Réalisateur, scénariste, producteur... : années 1970-2020
Nationalité : Etats-Unis
Naissance : 22/07/1946 - Etats-Unis - Grand Rapids, Michigan
Identité
Genre : homme
État civil :
- Paul Joseph Schrader
Fonctions : Réalisateur, Acteur, Intervenant, Scénariste, Auteur de l'œuvre originale, Producteur exécutif, Parolier des chansons originales, Parolier des chansons préexistantes, Auteur, Préfacier, postfacier, Interviewer, Auteur primaire
Biographie
Formation :
Elevé dans une famille calviniste très stricte qui lui interdit de voir des films, Paul Schrader découvre le cinéma à l'âge de dix-huit ans à Los Angeles. Inscrit à l'université de Californie de Los Angeles, il présente une thèse sur "Le style transcendantal au cinéma : Ozu, Bresson, Dreyer" qui fait date. Devenu critique de cinéma, il commence à écrire des scénarios.Carrière :
Paul Schrader est le scénariste iconique de Taxi Driver et Raging Bull, passé derrière la caméra pour un cinéma austère de la rédemption calviniste, explorant sans relâche péché, solitude et confession chez des antihéros américains brisés.
Marqué par sa jeunesse calviniste, Paul Schrader produit une œuvre pessimiste largement inspirée par la thématique chrétienne du péché et de la rédemption. Il cosigne tout d'abord le scénario de Yakuza (Sydney Pollack, 1975) avant de remporter un grand succès avec Taxi driver (Martin Scorsese, 1976). Cette histoire d'un homme solitaire en proie à des fantasmes suicidaires préfigure le reste de son œuvre. Alors qu'il est un scénariste déjà très demandé, il tourne son premier film en 1978, Blue collar, qui décrit avec une précision inhabituelle la vie ouvrière en Amérique. Ce cinéaste prometteur déçoit quelque peu avec Hardcore (1979) et American Gigolo (1980), deux films dénonçant avec vigueur l'immoralisme des mœurs sexuelles, sans toutefois éviter quelques complaisances. L'ambiguïté de ses intentions se vérifie avec La féline (1982), remake d'une fable tournée par Jacques Tourneur en 1942 boursouflé par les allusions freudiennes et l'obsession du sexe. Hantise du sexe et de la mort : tel est encore le sujet de son film le plus ambitieux, Mishima (1985), biographie complexe de l'écrivain japonais. Paul Schrader semble trouver un apaisement avec The comfort of strangers (1990), qui, sur un scénario d'Harold Pinter, donne une vision très épurée de Venise et de la dérive morale. La critique s'accorde à trouver en Affliction (1997) le film de la maturité du cinéaste. Inspirée d'un roman de Russell Banks, cette histoire d'hommes brisés par la violence familiale, la haine de soi et la paranoïa, dans le contexte d'une petite ville enneigée de la Nouvelle-Angleterre, convainc par la retenue et la précision de sa mise en scène. Peut-être faut-il y voir aussi l'identification d'un cinéaste avec son sujet. Parallèlement, la collaboration du protestant Paul Schrader avec le catholique Martin Scorsese donne d'autres films importants sur les thèmes de la descente aux enfers et de la grâce (Raging Bull, 1980 ; La dernière tentation du Christ, 1988 ; A tombeau ouvert, 1999). Schrader poursuit en tant que réalisateur une trajectoire plus discrète, mais fidèle à ses obsessions, avec Forever Mine (1999), mélodrame criminel déjà hanté par la culpabilité, puis Auto Focus (2002), chronique glaciale d’une déchéance médiatique autour de la pornographie et du contrôle. Il s’aventure sur le terrain du fantastique religieux avec Dominion: Prequel to the Exorcist (id.), où la question du mal absolu affleure derrière les figures démoniaques, avant d’explorer la corruption politique et morale de Washington dans The Walker (2006) et d’affronter, dans Adam Resurrected (2008), les traumas de la Shoah à travers un personnage d’amuseur brisé errant dans un hôpital psychiatrique israélien. Après le film noir fauché et narquois de The Canyons (2012), il renoue pleinement avec la figure de l’homme solitaire et du journal intime dans Sur le chemin de la rédemption (2017, VOD), portrait d’un pasteur miné par l’écologie, la culpabilité et le désir d’autodestruction, qui lui vaut une reconnaissance critique tardive. Cette nouvelle manière, plus austère et bressonienne, se prolonge avec The Card Counter (2021), où un ancien tortionnaire d’Abou Ghraib (Oscar Isaac) reconverti en joueur de cartes cherche une impossible réparation, puis avec Master Gardener (2022), jardiner anti-héros tatoué de symboles néonazis tentant d’arracher sa rédemption à la terre même qu’il cultive. Dans ces portraits de martyrs contemporains enfermés dans des chambres d’hôtel, des casinos ou des jardins clos, Schrader radicalise son cinéma de la confession et de la grâce contrariée, comme s’il recomposait inlassablement, film après film, la même oraison funèbre pour l’Amérique et pour lui-même. Paul Schrader atteint un nouveau sommet avec Oh, Canada (2023), présenté à Cannes en 2024. A 78 ans, le cinéaste livre une méditation crépusculaire sur le mensonge et la trahison, inspirée du roman Foregone de Russell Banks : un cinéaste mourant (Richard Gere), confesse ses illusions, confrontant le mythe américain à la fange intime du remords.