Carrière :
Peter Falk, alias Colombo, forme lui-même un beau sujet d'enquête. Car la popularité de son personnage de feuilleton télévisé est à l'image du naufrage cinématographique qui lui succède. Où se cache donc l'erreur dans la carrière de cet acteur pourtant familier des metteurs en scène les plus prestigieux ? D'abord Peter Falk cultive l'hésitation : à vingt-six ans seulement il se décide enfin à devenir acteur. Puis son oeil de verre en fait régulièrement un personnage de faire-valoir. Il tourne à l'ombre de stars et ne se bat pas pour en faire lui, de l'ombre. On le remarque pourtant (L'héritier d'Al Capone
, Herbert J. Leder, 1959) et on le nomine à l'Oscar (Crime société anonyme
, Stuart Rosenberg, 1960). On le nomine même une deuxième fois (Milliardaire d'un jour
, Franck Capra, 1961). Mais rien n'y fait : Peter Falk se désintéresse de toute campagne médiatique. D'ailleurs qui se soucie du cinéma ? Selon lui, (La grande course autour du monde
, Blake Edwards, 1965) aussi bien que (Deux filles au tapis
, Robert Aldrich, 1981) sont, exemples parmi d'autres, des films qui n'ont pas donné toutes leurs promesses : faute d'implication suffisante de la part des réalisateurs. Ainsi Peter Falk n'obéit qu'à sa conscience. Certes il tourne des films populaires, (La bataille pour Anzio
, Edward Dmytryk, 1968; Un château en enfer
, Sidney Pollack, 1969), et y tient, comme convenu, la place de l'oublié. Mais il fait aussi la rencontre de John Cassavetes à un match de basket-ball. Ils tournent ensemble quatre films. Commercialement boudés mais enfin stimulants pour les neurones de l'acteur. Moins il comprend l'approche de Cassavetes en matière de mise en scène, plus il a envie d'en apprendre et déclare après Husbands
(id.,1970) : "Quand il m'a proposé de faire Une femme sous influence
(id., 1974) je me suis dit qu'il fallait encore essayer". Peter Falk est donc un expérimentateur. Quand, une fois devenu Colombo, Wim Wenders (Les ailes du désir
(id., 1987; Si loin, si proche
, (id., 1992) lui téléphone d'Allemagne pour lui demander de jouer le rôle d'un ange, il flaire de nouveau une piste. Mais rien n'est écrit encore. En bon ange, il prie Dieu : "Pitié, donnez-moi un scénario, j'ai si peur, je ne sais où je vais, ni ce qui va m'arriver". Et pourtant le film se réalise, révélant pour la première fois le secret d'un charisme longtemps incompris : Peter Falk est un poète un peu cérébral, toujours en train d'essayer quelque chose, et qui doute profondément des hommes.